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Conférence à l'IMERA

Soumis par Sabine le 25 février, 2011 - 00:00

L'IMERA propose au cours de l'année divers colloques et séminaires illustrant les recherches de leurs résidents. Je m'intéresse tout particulièrement aux communcations touchants aux sciences sociales.
Je suis allée en janvier dernier écouter Rudolf Ware dont les recherches actuelles portent sur L'enseignement des sciences islamiques en Afrique de l'Ouest et plus particulièrement au Sénégal et en Gambie.
Voici un modeste et bref résumé de sa passionnante intervention :
Le mode de transmission traditionnel de l'Islam en Afrique de l'Ouest repose essentiellement sur la méthode qualifiée par Rudolf Ware d'embodyment. Ce terme très difficile à traduire recouvre à la fois les sens d'incarnationd'incorporation, et de personnification du savoir.
Le corps est le moyen pour accéder à la science.
L'enseignement se fait de la façon suivante :
Les enfants sont réunis en un cercle mixte ou unisexe autour du maître. Chacun dispose d'une tablette en bois sur laquelle est noté d'un côté l'alphabet arabe et de l'autre le verset du Coran. Si l'enfant débute, le maître écrira à sa place. 
Cette méthode d'enseigenement active les sens de l'élève :

  • Le toucher : Il lit en suivant le texte du bout des doigts.
  • L'ouïe : on le fait lire pour commencer en lui chuchotant à l'oreille.
  • la parole : on lui fait répéter le texte (sans qu'il ne le comprenne)
  • la bouche : à la fin on lave la tablette avec de l'eau et on fait boire à l'enfant : ainsi, il boit littéralement le Coran.

Les enfants apprennent au fur et à mesure le texte par coeur sans le comprendre d'abord.
Ces écoles traditionnelles utilisent le châtiment corporel. Il faut d'abord endurer la souffrance physique pour se purifier avant d'avoir accès à la compréhension. En wolof, d'ailleurs le mot désignant l'"éducation" veut d'abord dire "fouet", ainsi on part de la discipline corporelle pour éduquer les enfants. Cette pratique tend cependant à disparaitre dans certain pays de l'Afrique de l'Ouest.
Dans ce système d'instruction et d'éducation, on considère les signes comme obscurs, difficile à comprendre. on ne passe pas d'abord par l'apprentissage de la lecture avant d'apprendre le Coran. Ce qui n'st pas sans susciter un certain nombre de débats avec le système moderne et réformiste qui passe d'abord par l'apprentissage de l'alphabet.
Dans ce ssytème traditionnel, on croit que les mots du Coran peuvent agir directement sur l'homme sans passer  par l'esprit. C'est la raison pour laquelle on les fait boire. On recueille le liquide dans un bol en terre, et les chercheurs ont vu dans cette pratique une trace du fétichisme africain. Pourtant, cette pratique est attestée dans les manuels d'enseignement coranique d'Afrique du Nord du IXème siècle. Les interactions ne sont pas incompatibles, et dans tous les cas, l'objectif est ici d'établir des rapports intimes avec le verbe divin, de faciliter le mémorisation des textes et de porter ce savoir en soi même.
La page de Rudolf Ware à l'IMERA